Montag, 26. Oktober 2015

Tanzanie : malgré son interdiction, la sorcellerie au cœur des élections

 Par  - à Dar es-Salaam

 
Les élections générales, dont la présidentielle à un tour, se tiennent dimanche en Tanzanie. Et malgré les efforts du gouvernement, les pratiques de sorcellerie et les crimes rituels ne régressent pas. Reportage.


À première vue, la petite salle, saturée d’encens, ressemble à toute antre de marabout : masques africains poussiéreux, bocaux remplis de poudres ocres et noires, pattes de chèvre… Mais sur une table à côté du sorcier, trône un vieux chat en peluche.
« C’est ma spécialité, explique le docteur Manyaunyau. Je tue les chats, et suce leur sang pendant mes rituels. J’entends alors une voix dans ma tête qui me guide. Mon grand-père m’a tout appris, et m’avait dit d’abandonner cette pratique au bout de 15 ans, donc j’ai décidé d’arrêter. »
Même si le docteur Manyaunyau (surnom tiré du miaulement du chat) vient de tirer un trait sur sa marque de fabrique, la clientèle ne désemplit pas, assure-t-il. Et depuis le début de la campagne pourles élections générales du 25 octobre (municipales, législatives et présidentielle à un tour), l’œil de verre du chat en peluche voit défiler des clients encore plus discrets qu’à l’accoutumée : des hommes politiques. Un business florissant pour cet ancien acteur et propriétaire d’une compagnie de bus.
Assurer son succès politique
« Ils viennent pour assurer leur victoire, ou leur succès devant le public pendant un discours. Les gros candidats, ceux qui veulent devenir députés ou même président, m’envoient leur assistant. J’arrange un rendez-vous avec eux dans un endroit caché, pour garantir leur anonymat. »
Le marabout refuse de les nommer, difficile donc de vérifier ses dires. Mais l’homme l’affirme, tout en versant une goutte d’huile de poisson dans de la cendre, un politique très haut placé lui aurait offert sa maison, un autre sa voiture.
Une pratique dangereuse, en particulier pour les albinos
« Ça ne peut pas être moi ! » déclare dans un éclat de rire Mathias Chikawe. En juin dernier, le ministre de l’Intérieur tanzanien a lancé un avertissement aux responsables politiques : pendant la campagne électorale, interdiction d’avoir recours à la sorcellerie.
« Je connais personnellement des hommes politiques, mais aussi des hommes d’affaires, qui vont voir des marabouts pour assurer leur succès. Mais c’est une pratique inefficace et dangereuse, qu’il faut stopper. »
Une pratique dangereuse pour une communauté en particulier : les albinos. Cette maladie génétique qui affecte la peau, entre autres, toucherait un Tanzanien sur 1 400, selon une étude de la revue MBC Public Health publiée en 2006.
Jeune Afrique

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